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Dure vie pour les navetteurs automobiles !
13 octobre 2011  •  Mobilité douce

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Files interminables, temps perdu, stress au volant, pollution atmosphérique, la liste des aléas de la circulation automobile est longue. Les navetteurs quotidiens qui empruntent routes et autoroutes pour se rendre au travail le savent bien. IBM a analysé la pénibilité des déplacements pendulaires automobiles dans 20 des plus grandes villes du monde auprès de 8000 conducteurs (environ 400 par ville). L’occasion de se pencher sur l’état d’esprit des automobilistes, leur quotidien et leurs envies de changement...

Une analyse du groupe Chronos www.groupechronos.org (Julien Gaffiot)

IBM fait paraître ce mois-ci les résultats de la version 2011 de l’enquête "Commuter Pain Survey" (à télécharger en pièce jointe) évaluant la pénibilité des déplacements pendulaires automobiles dans 20 des plus grandes villes du monde auprés de 8.000 conducteurs (environ 400 par ville). Comme l’année passée (voir notre article), l’étude dresse un classement des villes en fonction des conditions du trafic et de leur impact sur la vie quotidienne des usagers de la route [1].

Les villes de Mexico, Pékin, Johannesbourg et Moscou demeurent en tête des villes les plus "pénibles" à pratiquer, tandis que Shenzen, Nairobi et Bangalore font une entrée remarquée dans le classement en se plaçant respectivement en deuxième, quatrième et sixième positions.

De la pénibilité à l’impossibilité

Les facteurs de pénibilité demeurent sensiblement les mêmes qu’en 2010. En premier lieu, les conditions du trafic dans les grandes villes tendent à transformer le moindre déplacement en véritable épreuve. La durée moyenne du trajet pendulaire (en ne prenant en compte que l’aller) est de 33 minutes pour 19,2 km parcourus, soit une vitesse moyenne de seulement 35,4 km/heure. La lenteur des déplacements représente d’ailleurs le troisième facteur d’insatisfaction lié au trafic (cité par 28% des répondants), derrière les arrêts incessants liés à la congestion (51%) et l’incertitude quant à la durée du déplacement (31%). Logiquement la distance physique du transport n’est pas le déterminant premier de sa durée, mais c’est bien l’état du trafic : si ce sont les répondants américains qui parcourent les plus grandes distances avec 22,5 km en moyenne, ce sont les habitants de Mexico, Moscou ou encore Pékin qui passent le plus de temps dans leur voiture avec 40 minutes en moyenne par trajet.

La pénibilité du trafic, quand elle ne complique pas la mobilité, peut à la limite la rendre tout simplement impossible. Ainsi, 41% des répondants déclarent avoir déjà fait un demi-tour au milieu de leur trajet quotidien pour la travail ou l’école au cours des trois dernières années. De façon plus radicale, 47% des répondants déclarent avoir renoncé au moins une fois à un voyage pour éviter les congestions dans le mois écoulé.

Les congestions du trafic affectent ensuite la santé physique et psychologique des usagers : 42% des répondants se déclarent stressés par les conditions de déplacement quotidien, 35% sont sujets à l’énervement, 32% connaissent enfin des troubles respiratoires et du sommeil.

Le stress s’accroît

L’étude met en évidence la plus grande volonté des populations à utiliser les transports publics et les technologies pour diminuer la congestion des transports. Les transports en commun représentent par exemple un moyen de réduire le stress lié au trafic pour 41% des répondants qui déclarent les préférer à la voiture de ce point de vue. Par ailleurs, une augmentation de 10% du prix du carburant pousserait un conducteur sur dix à abandonner la voiture au profit du covoiturage ou des transports en commun pour leurs déplacements journaliers.

Dans la pratique 35% des sondés ont changé de moyens de transports au cours des 12 derniers mois pour se rendre au travail ou à l’école, dont 45% ayant ont opté pour les transports publics. Cette tendance est la plus forte dans les villes des pays émergents telles que Nairobi, Mexico, Shenzhen, Buenos Aires ou Pékin.

L’étude note également une nette augmentation du nombre d’individus constatant une amélioration du trafic depuis trois ans : 14 des 15 villes étudiées en 2010 et en 2011 témoignent d’une amélioration des conditions de circulation. Mais paradoxalement, les personnes interrogées assurent que le trafic routier les stresse et les énerve d’avantage que l’année passée et que cela affecte négativement leurs performances à l’école ou au travail. On constate par ailleurs que l’amélioration du trafic est plus perçue par les usagers dans les économies émergentes que dans les économies plus développées.

Des solutions existent, d’autres s’esquissent

Face à la congestion, une première alternative se pose, construire d’avantage de routes ou bien tirer le meilleur parti des infrastructures existantes. Cette deuxième voie tente de contenir les excès et les dysfonctionnements des mobilités, à l’image du dispositif de péage urbain et d’intelligence développé par IBM pour la ville de Stockholm. Ce système de gestion du trafic adopté en 2007 a amélioré de manière significative l’accès à la capitale suédoise et réduit de moitié le temps d’attente à l’entrée de la ville le matin. Selon les résultats de la toute dernière étude menée par l’autorité de gestion du trafic de Stockholm, le trafic en ville a diminué de 18% et les émissions de CO2 ont connu une baisse allant jusqu’à 18% également. Un mois après la mise en place du système, le temps de déplacement matinal connaissait déjà une réduction de 50%. Une meilleure information sur la route, pour un usage plus efficient et rationnel, à travers des systèmes de transport intelligent incluant une prédiction du trafic permettrait aux conducteurs d’alterner entre divers voies en fonction de l’état de la circulation.

Mais l’étude de l’état du trafic peut aussi offrir une occasion de conduire une réflexion plus profonde sur la place de la voiture dans la société : les congestions routières sont à la fois la "maladie" à soigner et le symptôme d’une certaine organisation de la mobilité à repenser. Le trafic est un puissant révélateur des limites du "tout motorisé" et de ses pathologies. Reste à décider si on admet d’accroître encore les capacités ou si on choisit d’enrayer la fuite en avant. Des solutions existent, d’autres s’esquissent.

Julien Gaffiot - www.groupechronos.org


[1Le classement retient une dizaine de facteurs, mêlant aussi bien des données objectives sur le trafic (temps moyen de voyage quotidien, temps d’immobilité dans le trafic) que les perceptions subjectives des usagers (sensation que les conditions de circulation empirent, augmentation du stress et de l’énervement, conditions de travail affectées par les déplacements quotidiens, etc).



 
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