La Fédération
 
Opinions
 
Actualité
 
Actions !
 
Campagnes
Mobilité
 
Aménagement du territoire
 
Energie, climat
 
Economie
 
Agriculture, nature
 
Pollution, environnement, santé
Formations & Appui
 
Newsletters
 
Projets d’élevages industriels : Implantation judicieuse et prévention des nuisances
Virginie Hess  •  8 janvier 2010  •  Plans, schémas et règlements  •  Elevage / élevage intensif

L’implantation des élevages intensifs en Région wallonne fait l’objet de vives controverses dans les villages. Où faut-il alors implanter ce type d’élevages qui, rappelons-le, ne relève pas de l’agriculture traditionnelle de notre région ? Dans des zones agro-économiques, dont le principe existe dans notre législation mais n’a jamais été activé ? À proximité des exploitations ? Ou encore en zone agricole, mais à l’écart de l’habitat ? De nombreux facteurs doivent


De nombreux facteurs doivent être pris en considération dans le choix du lieu d’implantation d’une porcherie ou d’un poulailler industriels. La liste proposée ci-dessous est loin d’être exhaustive et reprend essentiellement une série de critères d’aménagement qui peuvent alimenter l’analyse de projets de ce type, à l’échelle locale. La problématique du développement de ces élevages dépasse de loin la seule composante spatiale, une série d’autres impacts environnementaux, économiques, sanitaires, que nous n’exposons pas ici, méritent également d’être intégrés dans une réflexion plus globale sur l’évolution de notre agriculture.

1. La localisation des élevages

Il semble essentiel de maintenir l’installation des élevages industriels en zone agricole ou d’habitat rural. En effet, s’il est sans doute nécessaire de garantir une distance par rapport à l’habitat résidentiel pour éviter les problèmes de bruit et d’odeur, l’éloignement excessif des bâtiments d’élevage pourrait s’avérer coûteux en termes d’infrastructures et problématique en termes d’impact paysager. L’alternative des zonings agro-industriels apporte également son lot d’inconvénients : incompatibilité du système avec le développement d’un élevage de qualité, pas de résolution du problème des épandages, multiplication des transports, déshumanisation de la profession, dégradation du sens des activités d’élevages, risque de mainmise des grosses firmes agroalimentaires.

2. La concentration

En certains endroits de Wallonie, la concentration des élevages intensifs met en péril le bien-être des habitants, l’environnement et le développement économique et durable de ces zones. Dans ce cas de figure, des études d’incidences devraient être menées à l’échelle de plusieurs exploitations afin d’évaluer l’impact cumulé de l’ensemble de ces élevages. Pour les autorités de Sivry-Rance, par exemple, une réflexion supra-communale s’avère nécessaire compte tenu, notamment, des modalités d’exploitation inhérentes à ce type d’établissement, telles que les transports, de porcs et de volaille, les transferts de lisier et de fiente et la gestion des épandages des effluents qui se déroulent indépendamment des limites communales [1].

3. L’intégration urbanistique et paysagère

La Région wallonne préconise d’éviter l’éparpillement des bâtiments d’élevage afin d’enrayer le mitage de la zone agricole et favorise plutôt l’extension des exploitations existantes. Plusieurs principes d’intégration paysagère doivent en outre être pris en compte par les éleveurs : éviter les lignes de crêtes et les fonds de vallée, éviter les paysages ouverts et tenir compte du relief et de l’orientation du terrain. Tous ces conseils visant à une meilleure intégration paysagère des bâtiments agricoles sont repris dans une brochure qui a été réalisée en 2001 par la DGO4 (ancienne DGATLP) [2]. Au niveau de l’intégration paysagère, les bâtiments doivent être construits en respectant les prescriptions urbanistiques régionales et dans le respect du bâti local. La création de bosquets ou de massifs boisés aux abords du bâtiment doit être imposée. Ceux-ci doivent être impérativement composés d’essences indigènes et faire l’objet d’un dépôt de caution obligatoire récupérable une fois la plantation réalisée.

4. Les odeurs

Bien que les évolutions techniques aient permis de réduire fortement les nuisances olfactives provoquées par les élevages industriels, le problème est loin d’être résolu. Il n’y a pas, en Région wallonne, de dispositif d’évaluation de ces odeurs qui permettrait de déterminer le rayon de gêne olfactive causée par une exploitation, sur base de critères objectifs. La plupart des études d’incidences se basent sur les normes appliquées dans d’autres pays (France, Allemagne, Hollande, etc.) pour estimer les niveaux d’odeur émis par les élevages et évaluer les distances minimales à respecter entre les exploitations et les habitations ou zones d’habitat. Il serait opportun de développer, en Wallonie, un outil d’évaluation concerté et négocié avec tous les acteurs (riverains, éleveurs, communes, Région, environnementalistes, Filière Porcine Wallonne etc.) afin d’éviter des contestations ultérieures. Le nombre et le type d’animaux, le type d’exploitation (caillebottis, sciure biomaîtrisée, paille biomaîtrisée), les techniques d’aération utilisées, etc., sont autant de facteurs qui déterminent l’importance des nuisances subies par les riverains.

5. Le charroi et le bruit des installations

En ce qui concerne le bruit, il est principalement généré par les ventilateurs et le trafic. Le charroi généré par ce type d’exploitation est en moyenne de un à deux véhicules lourds par jour ouvrable, pour une exploitation de 100 000 poulets, avec des moments d’activités plus ou moins intenses. Des itinéraires alternatifs peuvent être envisagés selon les cas.

6. La dépréciation patrimoniale

C’est un fait indéniable : la présence d’un élevage industriel à proximité d’habitations dévalue fortement la valeur immobilière des biens exposés. En attestent les témoignages des responsables d’agences immobilières, qui éprouvent de réelles difficultés à vendre des lots situés à proximité de porcheries ou de poulaillers industriels. Dans des entités reconnues pour leur qualité touristique, des riverains ont misé sur l’hébergement (gîtes, chambres d’hôtes, hôtels, etc.) : ils s’inquiètent de voir la valeur de leur bien péricliter et leur investissement, tant financier qu’affectif, réduit à néant.
Peut-être serait-il opportun de créer un périmètre de « sécurité » autour des zones d’habitat, afin d’éviter l’implantation d’élevages industriels à proximité de lotissements, de centres récréatifs et/ou touristiques, de zones à haute valeur patrimoniale ou plus simplement à proximité de quartiers résidentiels ?

Une problématique plus vaste

Bien qu’elle soit centrale, la question de la localisation ne peut apporter de solutions qu’aux seuls problèmes paysagers et de voisinage. Elle ne répond en rien aux questions environnementales, sanitaires et économiques que pose le développement de ces activités industrielles. La pertinence même du développement de ces élevages est profondément remise en question par une partie de la population. Peut-être serait-il judicieux de se pencher sur les critères d’opportunité de l’implantation de porcheries et poulaillers industriels en Région wallonne, et d’alimenter ainsi la réflexion sur l’évolution de l’agriculture, dans une perspective à long terme ?

Pour en savoir plus :

- Implantation des élevages intensifs en Région wallonne : enquête sur le terrain et recommandations, Inter-Environnement Wallonie, décembre 2008. Lien Internet.

- DOGUET A., MOREAU A., FELTZ C., Expertise agro-alimentaire : localisation des élevages intensifs porcins et avicoles, Notes de Recherche, CPDT, Région wallonne, Mai 2007.


[1Motion relative au développement d’implantation agricole de type industriel, Conseil Communal de Sivry-Rance du 28 février 2007.

[2Conseils pour l’intégration paysagère des bâtiments agricoles, MRW, DGATLP, 2001



 
Voir aussi
Dans la même rubrique
Soutiens