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A vendre : caserne en bon état, beaucoup servi
Hélène Ancion  •  3 mai 2010  •  Aménagement du territoire

Lorsqu’il s’agit de relocaliser les activités militaires à l’échelle du pays, cela implique de se défaire de bâtiments et de terrains désormais inutiles, mais aussi de déplacer des hommes et des femmes dont la vie a pris racine.

Bernard Dethier, membre honoraire de la CRAT et membre actif de plusieurs associations de la Fédération Inter-Environnement Wallonie, nous livre ses impressions sur les conséquences de ce vaste projet de restructuration : « Le plan du Ministre De Crem a suscité une forte opposition. Et cela, même si les nouveaux casernements rencontrent souvent les demandes d’affectation du personnel. Le monde politique local a vu ce changement d’un mauvais ½il. Les réactions les plus marquantes sont venues de la province du Luxembourg. Il a finalement été décidé de maintenir malgré tout une présence militaire à Bastogne et à Arlon ; l’activité muséale serait ainsi rassemblée à Bastogne. » Maigre consolation après des décades de bons et loyaux services ! La ville jouit depuis des années d’une fréquentation touristique liée aux hauts faits d’armes de la 2ème Guerre Mondiale. Par contre, pas de quartier pour Diest, Glons, Landen, Saive, Jambes, Bourg-Léopold, Bierset, Brasschaat, etcetera, petites villes ou villages dont l’identité et l’activité sont imprégnées par la présence de l’armée belge.

Sur le plan humain, « les militaires ont fait souche autour de leur caserne. » Ils se sont constitués un milieu familier sur lequel il faut désormais faire une croix. Mais au-delà de la signification individuelle, le déménagement résonne collectivement. Servir et se déplacer ont beau faire partie de l’engagement du soldat, « l’armée renâcle. » L’implantation des casernes avait un sens historique que le plan contredit. Anciens forts, anciens campements, proximité d’une frontière, emplacements stratégiques le long d’un cours d’eau ou d’une ligne de crête, vont être vendus au plus offrant. Bernard Dethier cite pour exemple « l’île Vas-t’y-frotte sur la Meuse, ex-terrain maraîcher qui possédait la morphologie idéale pour faire des exercices d’abordage et de construction de ponts temporaires pour l’Ecole du Génie de Jambes. »

En général, on connaît des domaines militaires leurs limites, matérialisées dans nos paysages par une clôture de sécurité qu’interrompt un accès dûment gardé. Peu de choses ont filtré sur ce qui se bâtissait ou se démolissait à l’intérieur des murs des casernes. Leur périmètre correspond en théorie à celui inscrit au plan de secteur. « Blanches marquées du M pour « militaire », ces zones étaient soustraites au régime d’autorisation », telles un « no man’s land » au service de la sécurité nationale. Elles sont devenues bleues suivant l’Arrêté du 29 avril 1999. Bleues, comme la zone de service et d’équipement communautaire décrite à l’article 28 du CWATUPE, ce qui les a en quelque sorte fait rentrer dans le rang, puisqu’elles relevaient désormais d’un zonage soumis à autorisation de bâtir. Depuis 1999, l’interlocuteur est le fonctionnaire délégué, selon une procédure à laquelle la grande muette se plie de manière irréprochable : « l’armée a ses propres architectes et ingénieurs, et elle a toujours demandé permis. La Commune reçoit la demande, mais c’est l’avis du fonctionnaire délégué qui est décisif. »

La désaffectation entraînera une curiosité certaine vis-à-vis de ces sites. Le grand public aura-t-il l’occasion de les visiter ? Peut-être en se faisant passer pour promoteur immobilier… Le Ministre semble en effet assez pressé de vendre, et plusieurs casernes ont déjà trouvé acquéreur. Bernard Dethier se soucie particulièrement de la manière dont cette revente va s’orchestrer. « Il faudrait que la Région Wallonne ou les communes se portent acquéreuses, par le truchement du droit de préemption. Sinon, la surenchère va être phénoménale. »

Cette réserve foncière peut judicieusement augmenter les hectares disponibles, notamment pour des activités économiques et de l’habitat à condition de choisir les terrains situés à proximité d’agglomérations, desservis par les transports en commun. « L’ensemble des terrains concernés doit faire l’objet d’une réflexion associant la Région et les communes. Je suis conscient que ce genre de discussion est très difficile à mener. La Région Wallonne doit avoir la main urbanistique finale sur ce dossier, qui influencera le bon aménagement des lieux, qu’on le veuille ou non ! Espaces verts ou zones naturelles ? Terrains de jeux et de sport ? Réhabilitation et recyclage ? Démolition ? Bas les pattes à la spéculation sur un passé foncier qui a appartenu à tous ! »




 
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