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Capteurs de poids pour les camions : efficaces, abordables et fiables !
Pierre Courbe  •  13 février 2014  •  Transport routier  •  Transport de marchandises

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En 2003, lors d’un voyage d’études en Suisse, l’auteur de ces lignes a rencontré un « peseur de camions » guilleret. Opérant dans un centre de ferroutage (le ferroutage, c’est le transport de camions par chemin de fer, technique notamment utilisée pour la traversée des Alpes), il vérifiait le poids des véhicules avant de les autoriser à prendre place sur les wagons surbaissés. Ce jour-là, il venait de battre « son » record : il avait pesé un poids lourd (méritant pleinement cette appellation) de 64 tonnes, le maximum légal étant de 40 tonnes…

La surcharge des camions : un problème grave

Au-delà de cette anecdote se cache une réalité lourde de conséquence. Les camions qui roulent en surcharge ne sont guère limités à quelques « cowboys de la route ». En Europe, on estime qu’un camion sur trois est en surcharge [1]. Cette situation pose de sérieux problèmes en termes :
- d’usure accélérée des infrastructures : le dommage infligé à la route étant proportionnel à la quatrième puissance de la charge par essieu, une surcharge à l’essieu de 10% engendre un dommage à la route accru de 46%. ;
- de sécurité routière : les camions sont impliqués dans près d’un accident mortel sur cinq ; la surcharge peut générer une instabilité du véhicule ainsi qu’une perte d’efficacité du freinage, augmentant de ce fait les risques d’accident et la sévérité de ceux-ci ; tant les chauffeurs que les autres usagers de la route en paient les conséquences ;
- de dommages environnementaux : consommation accrue des moteurs malmenés du fait de la surcharge ;
- de « course vers le bas » dans le secteur du transport routier et de distorsion de concurrence par rapport aux autres modes ; en effet, la Commission européenne considère que la situation « conduit aussi à une distorsion de la concurrence entre entreprises de transport, puisque les fraudeurs peuvent obtenir illégalement des avantages compétitifs indus » [2].

En Belgique, on observe les même tendances qu’en Europe. Lors d’une campagne de pesage de véhicules réalisée par la police de la route entre le 1er janvier 2010 et le 31 mars 2011 dans les six centres de pesée autoroutiers wallons, 426 véhicules, parmi 815 pesées effectuées, étaient en surcharge, soit 52,3 %. La masse maximale enregistrée s’éleva à 62,64 tonnes [3].

Le contrôle est coûteux

Le contrôle des surcharges est organisé au niveau des Etats. A quelques exceptions près (Suisse, Pays-Bas, France), les contrôles sont plutôt rares – et le risque pour les contrevenants d’être repérés est faible. Ceci s’explique par le fait que les contrôles sont coûteux tant pour les finances publiques (les camions doivent être déviés vers des ponts de mesure agréés) que pour les transporteurs respectueux de la réglementation dont les véhicules sont inutilement immobilisés le temps du contrôle.
Des capteurs de poids embarqués (OBW pour on board weighing) permettraient de réaliser une présélection des poids lourds : un OBW envoie en continu des signaux qui peuvent être captés par du personnel d’inspection, lequel peut dès lors effectuer une présélection des camions sans avoir à arrêter ceux-ci. Les capteurs actuels présentent une précision de l’ordre de 10%, plus que suffisante pour réaliser une pré-sélection des véhicules à contrôler. La solution concurrente – l’installation de balances dynamiques dans l’infrastructure – est beaucoup plus coûteuse (environ 100.000 € pour une balance) et peut aisément être contournée par les camions en surcharge.

La solution : des capteurs de poids embarqués

La question de l’équipement des véhicules avec des capteurs de poids embarqués est en discussion dans le cadre de la révision de la directive 96/53/CE (voir note 1). La Commission européenne - qui, comme souvent, pose les bons constats mais n’ose pas les solutions appropriées - propose de ne pas rendre ces capteurs obligatoires, mais de laisser à la discrétion des Etats membres la responsabilité d’encourager les transporteurs à les utiliser. Cette position de la Commission repose sur une étude d’impact ayant chiffré entre 3.000 et 12.000 euros le surcoût lié à l’installation d’un capteur de poids embarqué, coût estimé excessif au regard des bénéfices sociaux qu’engendrerait l’obligation d’équiper les poids lourds.
Afin de nourrir la réflexion, la fédération européenne Transport and Environment (T&E) a fait réaliser une étude par le consultant Rapp Trans [4]
avec le support de la Fédération européenne des travailleurs de la route, de l’Etat fédéral belge et de la Wallonie. L’étude conclut que de tels capteurs constituent une réponse technique efficace, fiable et financièrement abordable au problème de la surcharge.

Selon Rapp Trans, la Commission a surestimé le coût d’équipement des poids lourds d’un facteur 10 à 20. Le marché offre aujourd’hui des modèles entre 550 et 1200€ - coût qui, par effet d’échelle, baisserait significativement si les capteurs devenaient obligatoires sur tous les nouveaux camions. Tous les principaux constructeurs de poids lourds [5] proposent déjà les capteurs en options. A titre d’exemple, Daimler propose, sur ses véhicules, un système à air comprimé pour 570€. Quant au montage sur des camions non équipés (retrofit), il revient à environ 2.000€ tout compris (capteur, câblage et affichage pour le chauffeur – voir figure ci-dessous).

Reste à espérer que les députés européens qui ont à s’exprimer sur ce dossier soient plus sensibles aux arguments développés par T&E que par ceux avancés par les quelques rares acteurs opposés à toute forme de législation contraignante.


Figure : capteur de poids embarqué sur un camion Volvo : affichage pour le chauffeur


[1Commission européenne : Proposition de directive modifiant la directive 96/53/CE du 25 juillet 1996, fixant, pour certains véhicules routiers circulant dans la Communauté, les dimensions maximales autorisées en trafic national et international et les poids maximaux autorisés en trafic international, COM(2013) 195 final, page 3

[2Ibid.

[3Cour des comptes : L’entretien des routes et autoroutes en Wallonie, décembre 2012,page 30

[4RappTrans (2013) Study on heavy vehicle on-board weighing, Final report, Basel, December 2013.

[5DAF, Scania, Iveco, MAN, Daimler, Volvo



 
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