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Chapitre 2 : Pourquoi est-ce arrivé près de chez vous ?
9 avril 2013

Les élevages hors-sol ont été rendus possibles par l’importation massive d’aliments en provenance d’Amérique du Nord et du Sud. Les effluents d’élevage, jadis précieux engrais, sont devenus des déchets dont on ne sait que faire.

En 1962, la politique agricole européenne débute par un véritable péché originel : une ouverture totale du marché européen à l’alimentation animale. En conséquence, les importations massives par bateau de soja produit outre-atlantique vont favoriser rapidement le développement d’élevages intensifs à proximité des grandes zones portuaires d’Europe, bénéficiant de ces aliments bons marchés. Comme les aliments ne sont pas produits dans l’exploitation agricole ou dans la même région, ces élevages n’ont pas de liaison au sol (lexique), la terre est utilisée, en aval, comme une véritable poubelle pour y épandre les effluents d’élevage. Heureusement, la prise en compte croissante de l’environnement et l’évolution de la politique agricole ont affaibli considérablement ce modèle dans les zones de production historiques : Flandres, Pays-Bas, Bretagne, … Depuis une dizaine d’années, les élevages intensifs se propagent dans les régions limitrophes. La Wallonie n’a pas échappé à ce phénomène.


2-1 : L’Europe agricole est devenue un engraisseur de bétail

Si les excédents produits par l’agriculture européenne ont, dans les années 80, marqués l’opinion publique, ils ont surtout suscité dans l’imaginaire des européens l’illusion d’une agriculture excédentaire … mais cette image est trompeuse. Bien que l’Union Européenne (UE) soit le plus grand exportateur au monde, elle est surtout le plus grand importateur de produits agricoles. En y regardant de plus près, l’Europe agricole fonctionne un peu comme un engraisseur de bétail, important les aliments pour le bétail et exportant principalement de la viande.

Tableau 1 : Partages régionaux en valeur des produits agricoles sur le marché mondial en 2002 (en %).
Source : Statistiques OMC

Les exportations nettes de l’UE sont constituées de céréales, de produits laitiers et de viande alors que les importations nettes sont composées presque essentiellement de soja et autres sous-produits protéiques utilisés en alimentation animale. L’UE est dépendante à plus de 70 % pour ses besoins en oléoprotéagineux . Ils sont couverts principalement par les importations de soja en provenance des État-Unis et du Brésil. Ces protéines végétales, transformées en viande et produits laitiers sont en partie réexportées. A ces flux commerciaux correspondent également des flux de matière : les sols des pays exportateurs de protéines végétales s’appauvrissent tandis que les effluents d’élevages hors-sol polluent les nappes aquifères, les rivières et l’air chez nous.

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2-2 : Comment en est-on arrivé là ?

Pour comprendre les causes de cette situation, il faut remonter aux origines de la politique agricole commune, en 1962. Sous la pression des pays tiers, l’Europe accepta de libéraliser totalement le marché de l’alimentation animale pour mieux protéger ses autres productions de la concurrence internationale (lait, céréales, sucre, …). Les oléoprotéagineux et leurs sous-produits, qui constituent l’essentiel de l’alimentation animale importée à bas prix, ont rapidement remplacé les céréales dont le prix était soutenu par l’Europe pour encourager le développement de notre agriculture. Ce ‘’donnant-donnant’’ constitue la base de l’Europe agricole, base qui a été négociées dans le cadre du GATT pour créer cet espace au sein duquel l’UE allait fixer des règles commerciales communes.

Les conséquences de cette véritable brèche ne se font pas fait attendre : les aliments importés ont remplacé progressivement les céréales destinées aux porcs et aux volailles et les fourrages destinés aux ruminants. Le modèle américain basé sur une alimentation ‘’maïs-soja‘’ s’est répandu pour les ruminants en lieu et place des fourrages (herbes, foin,…), qui constituent l’alimentation naturelle et équilibrée des ruminants.

En favorisant les aliments importés, les systèmes de productions agricoles se spécialisent d’une part dans des exploitations de grandes cultures (céréales en partie vouées et subsidiées à l’exportation) et d’autres part dans des élevages de type hors sol qui se concentrent sur les zones côtières de l’Europe (au Danemark, en Hollande, en Flandre, en Bretagne…). Cette concentration des élevages dans de petites zones de production a favorisé leur spécialisation croissante allant jusqu’à une véritable intégration de tous les acteurs de la filière. Aujourd’hui, ces élevages industriels se trouvent intégrés au sein de filière agro-industrielle détenue par quelques acteurs, producteurs d’aliments et d’abattoirs avec lesquels ils sont bien souvent lié par des contrats d’achat et de vente. L’éleveur est devenu en quelque sorte un ouvrier de l’industrie agroalimentaire…

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2-3 : Un modèle remis en cause

Si ce modèle est contesté depuis longtemps par les environnementalistes, par certains syndicats agricoles (http://www.cpefarmers.org/positions/fr/2_300303.htm ) et par des ONG nord-sud, ce n’est qu’avec les obligations découlant de la directive nitrate qu’il est fondamentalement remis en cause. Cette directive limite les épandages d’azote organique pour protéger les nappes phréatiques et les eaux de surface de plus en plus polluées par de telles activités agricoles irresponsables. Son application a pour effet de relier en quelque sorte l’élevage au sol, mais dans sa version la plus simplifiée : l’agriculteur doit disposer des terres pour épandre les effluents de son élevage ou que se trouvent ces terres, qu’ils les louent, en soit le propriétaire ou non. Les avantages économiques liés à la proximité des grands ports sont ainsi de plus en plus menacé par les coûts environnementaux de traitement des effluents excédentaires. Par ailleurs, le passage progressif d’un soutien par les prix à un soutien par des aides directes réduit l’avantage comparatif des régions portuaires.

Mais l’existence de tout un savoir-faire et de structures « amorties » tant en amont qu’en aval rendent les modèles de production intensive compétitifs pour longtemps encore. Les normes de bien-être animal adaptées à l’élevage intensif, l’utilisation dans les aliments pour bétail de certains activateurs de croissance et l’habitude d’une nourriture standardisée et bon marché feront le reste… Les firmes agro-industrielles -travaillant en aval et en amont de l’éleveur - n’ayant plus la possibilité de développer leur marché dans les zones saturées en azote organique, proposent leurs services aux agriculteurs des régions limitrophes afin de continuer à valoriser leurs infrastructures.

Dans les régions excédentaires en azote organique, des aides sont accordées aux éleveurs pour quitter la profession et réduire ainsi la charge globale en azote. En Wallonie, région d’Europe classée 7 ème quant à l’intensité de son agriculture, la politique pourrait bientôt être de favoriser de nouvelles installations…

Tableau 2 : Classement des 9 régions d’Europe produisant le plus d’azote par hectare de superficie agricole (sur plus de 200 régions)
Sources : European Environment Agency

Azote par ha de superficie agricole utile Azote organique (kg/ha) Azote total
(kg/ha)
Zuid-Nederland 435 580
Oost-Nederland 332 521
Région flamande 322 430
Noord-Nederland 180 381
Ipeiros 160 234
West-Nederland 153 344
Région wallonne 134 254
Bretagne 126 231
Luxembourg 114 256

La dernière réforme de la PAC (juillet 2003) qui sera applicable en Wallonie au 1 er janvier 2005 tente de changer un peu la donne en inscrivant l’éco-conditionnalité dans ses principes. Cela signifie que pour pouvoir exercer sa production, l’éleveur devra au moins et notamment respecter les contraintes dérivant de la directive nitrate et les exigences requises par Natura 2000 au risque de se voir retrancher des aides. Mais l’application concrète de ce principe en Région Wallonne n’est pas encore connue…

Finalement, tant que les tourteaux de soja seront amenés sur les côtes européennes par bateaux entiers, il faudra lutter au cas par cas contre les projets qui vont à l’encontre d’une agriculture, voire d’une économie, durable.

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