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Du territoire franchisé au morceau de ville : un vrai projet urbain pour le c½ur de Dison !
5 janvier 2009  •  Aménagement du territoire  •  Urbanisme  •  Plans, schémas et règlements  •  Habitat / Logement  •  Lotissement / Quartier durable  •  Activités économiques / Commerces  •  Paysage  •  Espace public  •  Architecture / Patrimoine

A un jet de pierre de Verviers, la petite ville de Dison, autrefois fière et prospère, affiche aujourd’hui la triste mine du déclin industriel : chancres, dents creuses, habitat dégradé et souvent de piètre qualité, cellules commerciales vacantes, espace public déstructuré… Le paysage est d’autant plus sinistré que la fermeture de l’entreprise laitière Interlac fin des années 90 fut un nouveau coup dur laissant, en plein c½ur de la ville, une friche de 2,5 hectares. L’impact physique et symbolique est énorme…

Quelques mois après la fermeture de l’entreprise, un promoteur privé séduit par la localisation stratégique du site, directement accessible et visible depuis l’autoroute, acquiert celui-ci à bon prix avec l’intention d’y aménager un parc commercial composé de moyennes surfaces entourées d’aires de stationnement. Nécessitant peu d‘investissement de départ, ce type de développement présente l’avantage d’être rapidement rentabilisable. Mais, guidé par la seule logique économique du promoteur-propriétaire, le projet envisagé créera inévitablement un morceau de ville « franchisé » avec les conséquences économiques et sociales engendrées par ce type de modèle.

La mise en ½uvre du projet nécessite une dérogation au plan de secteur, la zone étant inscrite, en toute logique, en zone d’activité industrielle. La Ville de Dison, satisfaite d’avoir un amateur pour le site Interlac, s’implique dans le processus et commande au bureau Baumans – Deffet la réalisation d’un Plan communal d’aménagement dérogatoire (PCAD). Commence alors un long travail de résistance et de persuasion visant à faire évoluer le retail park vers un véritable morceau de ville, susceptible de rendre à Dison attrait et dignité. « Le projet doit se définir comme un élément fédérateur des logiques marchandes et non marchandes et comme traduction d’une volonté démocratique de rééquilibrage entre les impératifs économiques, sociaux, environnementaux et culturels. Ce travail de fond transforme la vision du site et du projet en processus unique « transcendant et inclusif. » [1]

De l’équilibre…

Le bureau d’urbanisme et d’architecture convainc d’abord la ville et le promoteur d’intégrer, à côté des commerces, de l’habitat et des services permettant de recréer un vrai quartier de vie, occupé tant de jour que de nuit. L’îlot existant s’achève ainsi par la réalisation de nouveaux logements moyens, assurant une offre complémentaire aux nombreux logements sociaux déjà présents dans la ville. Par ailleurs, le centre culturel de Dison, à l’étroit dans ses locaux vétustes, est contacté et se montre d’emblée intéressé. Il s’implante dans le seul bâtiment de la laiterie conservé en raison sa qualité architecturale : une salle de spectacle, un lieu d’exposition, des classes et des bureaux ainsi qu’une brasserie y sont ainsi aménagés.

Outre la richesse sur le plan des interactions sociales, cette mixité permet des synergies fonctionnelles, les parkings, par exemple, pouvant être utilisés en journée par les commerces et en soirée par le centre culturel.

L’enthousiasme s’avère contagieux : ayant eu vent du projet, la télévision locale, Télé Vesdre, se porte spontanément candidate pour s’implanter dans le nouveau quartier. Et ce site « repoussoir » se mue peu à peu en un quartier attractif…

Le paysage et la ville

Pour créer un nouveau quartier, il faut encore inscrire les différentes fonctions dans l’espace, en connexion avec leur environnement…

Un premier enjeu vise à intégrer le projet dans le « grand » paysage. En démolissant quelques entrepôts devenus inutiles, une relation visuelle est (r)établie avec la colline boisée aux portes de la ville. Cette ouverture paysagère oriente toute la conception spatiale du projet : le nouveau bâtiment commercial et son auvent mais aussi les arbres et les haies dessinent les lignes de force qui établissent un dialogue entre le site et le paysage, entre le proche et le lointain, entre le dedans et le dehors.

Sur le plan urbanistique, le projet interagit aussi avec le contexte dans lequel il intervient, bien au-delà de son environnement immédiat. L’articulation avec le petit centre-ville existant devient une placette publique qui se prolonge par une promenade à travers le site, le long des commerces regroupés en un seul et même bâtiment. Un grand auvent accompagne le cheminement, souligné la nuit par un éclairage créant un appel depuis le centre de Dison. Les enseignes font partie intégrante de la composition urbanistique, participant pleinement à la dynamique des circulations.

Le projet renforce donc le centre-ville de Dison et tisse des liens entre celui-ci et les quartiers voisins mais aussi, au-delà, avec la ville de Verviers, via la route très fréquentée qui y mène et aboutit à proximité du site, et avec le paysage.

Le regroupement des différentes cellules commerciales au sein d’un grand bâtiment bordant un parking arboré commun donne donc le « mouvement » du projet, tant sur le plan paysager qu’urbanistique. Il permet également la définition d’espaces bâtis et non bâtis - les « vides » - cohérents, lisibles et surtout appropriables, à mille lieues de la collection d’objets épars et singuliers qui caractérise souvent ce type de parcs.

Le nouveau quartier devient ainsi un véritable lieu de vie et de convergence entre habitants et travailleurs, chalands et promeneurs. Un quartier qui crée du lien entre les gens, entre les lieux mais aussi entre les époques. En effet, outre l’implantation de deux surfaces commerciales et la rénovation du bâtiment qui abritera des commerces, le centre culturel et Télévesdre, le projet sauvegarde aussi le « plongeoir » qui s’élance vers le ciel comme un totem au c½ur du site, présent, intrigant et… beau. Ce projet incarne ainsi les mutations du site dans le respect de ses racines et de la mémoire collective.

Voilà donc un projet généreux sans être dispendieux, pour le promoteur, qui a rentabilisé son investissement au-delà de toutes ses espérances, mais surtout pour la Ville et ses habitants qui profiteront directement des atouts de cet aménagement urbain. Et pour longtemps !






[1« Baumas-Deffet – architectes/ Géraldine Brausch- philosophe » Architexto, éditions Fourre-tout + CIVA



 
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