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L’évolution sociétale va-t-elle booster la densité de l’habitat en Wallonie ?
Virginie Hess  •  5 janvier 2009  •  Aménagement du territoire  •  Urbanisme  •  Habitat / Logement  •  Lotissement / Quartier durable

La hausse du prix des terrains et la crise énergétique conduisent les promoteurs immobiliers à favoriser progressivement la compacité de l’habitat dans leurs projets résidentiels. On assiste ainsi de plus en plus à l’apparition de lotissements mixtes qui proposent, en marge des logements isolés « traditionnels », des constructions mitoyennes (maisons jumelées) et des petits immeubles à appartements.

Les pratiques urbanistiques évoluent, certes, mais bien trop lentement. En effet, au regard de l’exiguïté de notre territoire et des enjeux énergétiques actuels, la densité des nouveaux quartiers résidentiels reste beaucoup trop faible en Région wallonne. En effet, toutes les deux heures, c’est un terrain de football qui est ainsi soustrait à l’espace ouvert en Wallonie ; la seule fonction résidentielle grignote un mètre carré par seconde [1].

Si l’on considère l’ensemble des dossiers de lotissement qui ont été soumis à l’avis du CWEDD [2] au cours de ces deux dernières années, on constate que les projets atteignent en moyenne une densité de 10 logements à l’hectare ! Le taux est particulièrement bas dans les zones rurales (de 6 à 8 logements à l’hectare en moyenne) où les projets de lotissement de villas isolées sont encore légion. En milieu urbain ou périurbain, la densité de l’habitat dans les zones résidentielles en construction varie entre 9 et 17 logements à l’hectare. A titre comparatif, à Maastricht au Pays-Bas, où par ailleurs la concentration de l’habitat est ancrée culturellement, la densité des nouveaux quartiers résidentiels tourne autour de 35 à 40 logements à l’hectare ! La densité ne suffit évidemment pas à garantir une utilisation parcimonieuse de notre territoire [3] : la bonne localisation des nouveaux quartiers est évidemment primordiale.

Une nouvelle culture de l’habitat à créer

Pour la majorité de nos concitoyens, la sacro sainte « quatre façades » individuelle, dotée d’un jardin et située plutôt en milieu périurbain, reste le modèle privilégié, aux dépens d’une gestion parcimonieuse du sol et des ressources mais aussi du lien social. Et pourtant, ce modèle ne semble plus tout à fait correspondre aux besoins d’une partie importante de la population. En effet, l’augmentation du nombre de personnes âgées et de familles monoparentales, pour lesquelles se posent particulièrement la question de la mobilité, de la taille des logements et de leur coût, impliquerait plutôt de privilégier des formes d’habitat plus denses et plus proches des centres urbains et des services.

L’adaptation des types de logements aux contextes social, environnemental et énergétique que nous connaissons nécessite non seulement la mise en place d’une politique urbanistique volontariste, mais aussi un changement profond dans l’appropriation de l’espace et dans les représentations de l’habitat idéal.

L’adhésion des citoyens à ces nouveaux modèles passe par une modification des standards de confort et de bien-être véhiculés par notre société. Les logements mitoyens sont en effet l’objet de nombreux préjugés. Les principales critiques formulées à leur égard sont le manque d’intimité et l’aspect uniformise de leur architecture. Il faut noter également que la villa quatre façades est encore pour beaucoup symbole de réussite sociale…A l’inverse l’habitat mitoyen est associé au logement bas de gamme réservé à une population défavorisée. Il suffit pour s’en convaincre d’être attentif aux réactions de certains riverains face à un projet d’habitat dense…

La préservation d’une certaine intimité... dans la collectivité

L’habitat groupé peut offrir une grande variété typologique qui permet de conjuguer une structure dense avec des logements spacieux tout en laissant une certaine marge de man½uvre pour les adaptations individuelles.

Les dispositifs architecturaux et les techniques d’isolation phonique actuelles permettent d’atteindre, dans l’habitat mitoyen, le même degré de confort et d’intimité que dans une villa isolée.

La densité est généralement acceptée et socialement bien vécue si elle est renforcée par des équipements collectifs. De même, là où l’habitat est concentré et les espaces privés « rationalisés », un soin tout particulier doit être porté aux espaces publics de manière notamment à ce qu’ils soient appropriables par les habitants.

N’est-il pas temps de réinventer la façon de construire la ville, pour qu’elle soit plus conforme aux besoins des citoyens et aux enjeux énergétiques d’aujourd’hui et de demain ?


[1Source : Statbel et calcul personnel : 218km² gagnés en 7 ans par la fonction résidentielle !

[2Conseil wallon pour l’environnement et développement durable

[3Voir « Lotissements : l’exemple hollandais » in « La lettre des CCATM » n°41 août-septembre 2007



 
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