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La démocratie participative : une utopie ?
Virginie Hess  •  8 septembre 2008

La participation citoyenne à la vie publique constitue l’un des fondements de notre système démocratique. Prônée dans le cadre de la convention d’Aarhus, elle figure également dans les principes de bonne gouvernance définis dans le Contrat d’Avenir pour les wallons. Au niveau local, bien qu’ils adhèrent généralement aux principes qui sous-tendent la démarche participative, les élus semblent avoir du mal à emboîter le pas et réellement soutenir le processus.

Et pourtant, la réussite de plans de développement tels que l’aménagement d’un centre urbain, la création d’une place villageoise ou autres nécessite une implication citoyenne tôt dans le processus de réflexion. Bien menée, la participation permet d’atteindre une série d’objectifs essentiels au bon déroulement des projets et à leur vocation « durable ». L’identification des besoins et attentes de chacun permet de développer plus facilement des liens sociaux positifs entre les différents usagers (nouveaux et anciens habitants, différentes générations, etc.) et la prise en compte des différentes perceptions facilite l’émergence de solutions négociées. Enfin, la participation favorise une relation de confiance entre les citoyens et le pouvoir public.

Alors pourquoi la démocratie participative a-t-elle chez nous si peu de succès ?

La résistance du politique

Peu de dirigeants font volontiers appel à la voix du peuple, même si à long terme, cela peut s’avérer plus « payant ». Informer, communiquer et échanger avant de prendre une décision, c’est accepter les remises en question... Et pour certains, cela équivaut à une perte de pouvoir.

Comme le souligne Michel Quevit, professeur émérite de l’Université Catholique de Louvain, nous n’avons pas une culture très ouverte aux démarches directes et participatives. On reste conservateur dans nos mécanismes de décision [1]. Or, la participation nécessite de vrais moyens et un réel investissement des mandataires politiques sur le terrain. Ces derniers doivent considérer l’implication citoyenne comme une réelle plus-value, une opportunité de nourrir la réflexion, de développer ses compétences et d’aboutir ainsi à une meilleure décision. Ceci implique que le décideur ne soit pas simplement spectateur du processus participatif mais qu’il accepte d’y jouer un rôle actif. Si ces conditions ne sont pas réunies, la participation citoyenne, aussi bien prévue soit-elle dans les textes de loi, restera un vain mot…

Quand les citoyens ont peur d’ouvrir la bouche

Dans certaines collectivités locales, les autorités en place gèrent les affaires publiques sans se soucier de l’opinion ni même de l’intérêt collectif, à l’image des Seigneurs qui régnaient jadis sur leurs terres. Il n’est pas rare d’entendre de la bouche de ceux-ci que la victoire remportée aux élections rend légitimes tous leurs faits et gestes et leur donne une totale liberté d’action. Ils considèrent ainsi leur mandat comme un chèque en blanc.

L’abus de pouvoir se traduit parfois par des pressions exercées sur des citoyens qui se montrent critiques par rapport à certains projets. L’antenne radio d’un véhicule cassée, des intimidations, des humiliations en public, du chantage exercé auprès d’un commerçant, la menace d’un licenciement, tous les moyens sont bons pour faire taire les contestataires et monter les gens les uns contre les autres. Diviser et effrayer pour régner en toute liberté, dans certains cas, il s’agit bien de cela. De tels agissements sont bien sûr intolérables même s’ils restent heureusement relativement marginaux. Il en résulte, au sein de la population, une peur d’exprimer un point de vue… A l’heure où l’on déplore par ailleurs régulièrement le manque d’implication du citoyen dans la vie publique ou son absence d’intérêt pour le cadre de vie au-delà se son fameux backyard [2]
Certaines associations de citoyens dépensent alors toute leur énergie dans la lutte pour le droit d’expression, cette revendication prenant parfois même le pas sur la mobilisation initiale …

Prenons le cas de deux projets qui ont provoqué une mobilisation importante : le parc des Récollets à Huy et le centre commercial promu par Foruminvest à Verviers. Cataloguées comme nimbystes par leurs Bourgmestres respectifs, les associations « Vesdre Avenir » et « Les Récollets » ont fourni un travail important d’information, d’implication des habitants et de réflexion autour des projets incriminés. Si le temps, l’énergie, la créativité et l’enthousiasme que ces citoyens actifs ont consacré à leur cause avait été mis à profit pour faire évoluer les projets, fort est à parier que ceux-ci s’en seraient trouvés enrichis !


[1DE BACKER S., Dialoguer pour mieux décider, Fondation Roi Baudouin, Mai 2006, p.6

[2De l’expression anglo-saxonne Not in my backyard ou Nimby (pas dans mon jardin)



 
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