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La dette de la route
Noé Lecocq  •  19 novembre 2010  •  Infrastructures mobilité  •  Accessibilité / Mobilité

La croissance stagne. Le budget est en déficit. La Wallonie est endettée. Notre région n’a plus les moyens d’entretenir correctement ses routes et ses ponts. Au point qu’un véritable « plan de sauvetage du réseau routier wallon » a dû être programmé pour les 5 prochaines années, prévoyant une dépense de 885 millions d’euros répartie sur 575 chantiers [1]

Et comme la Région n’est pas en mesure d’assumer cette dépense, un nouvel emprunt a été contracté auprès de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) [2]. Un emprunt de plus, qui ne servira donc pas à financer de nouveaux projets, mais plutôt des dépenses qui devraient relever d’un entretien ordinaire...

Comment en est-on arrivé là ?

Au cours des 40 dernières années, l’infrastructure routière s’est considérablement étendue dans notre pays. Les autoroutes se sont ainsi allongées de 329% entre 1970 et 2008, alors que les autres routes s’allongeaient de 62% sur la même période [3]. A tel point que les infrastructures routières recouvrent aujourd’hui 4% du territoire belge, ce qui nous place en tête des pays européens (dont la moyenne est à 1,2%).

En Wallonie surtout, les pouvoirs publics ont développé un réseau routier d’une densité inégalée, sans rapport avec la densité de la population (voir graphe). Et sans se soucier – emportés par l’enthousiasme des « bâtisseurs » – de son entretien ultérieur. Aujourd’hui la réalité économique revient s’imposer : on a vu trop grand et on n’est pas capable d’entretenir un tel réseau.

Que faire ?

Face à un problème, la première chose à faire c’est d’en prendre conscience. Or on peut douter que tel soit le cas, à l’heure où la Région s’apprête à dépenser quelque 30 à 40 millions d’euros supplémentaires [4] dans l’élargissement de deux à trois bandes de l’autoroute E42 entre Andenne et Spy.

Dans les cartons depuis pas mal d’années, ce projet ferait bien d’y rester, au vu des impératifs actuels. Car, à une situation économique exsangue, vient s’ajouter l’urgence environnementale. Alors que les émissions totales de gaz à effet de serre ont diminué de plus de 16% entre 1990 et 2007 en Wallonie, les émissions liées au transport routier ont crû de 31% sur la même période [5]. Faut-il rappeler que pour s’inscrire dans le scénario du GIEC d’une maîtrise du réchauffement sous la barre des 2°C – à partir de laquelle l’ampleur des effets néfastes du réchauffement est difficilement prévisible – la Région wallonne devrait réduire ses émissions totale de 40% par rapport à 1990 d’ici 2020 et de 90% d’ici 2050 (soit un facteur 10 de réduction). La maîtrise de la mobilité routière devrait donc être la première des priorités d’une politique de mobilité durable. A l’échelle individuelle également, il est grand temps de changer nos habitudes de mobilité.

Si les Hollandais s’en sortent avec presque trois fois moins de routes par habitant que les Wallons, n’est-il pas temps d’arrêter de croire que les nouvelles routes vont réduire les embouteillages et de se poser les bonnes questions sur l’aménagement du territoire, la localisation des activités et la mobilité souhaitable demain ?

A ce stade, il est utile de rappeler que 75 associations ont lancé en 2007 un « appel pour un moratoire sur les nouvelles infrastructures routières », avec le soutien de Jean-Pascal van Ypersele [6]. « La politique d’accroissement du réseau routier constitue le symbole d’une période aujourd’hui révolue : celle de l’énergie bon marché et de l’ignorance des impacts environnementaux des activités humaines. Nous sommes convaincus que l’arrêt du développement des infrastructures routières et la réaffectation des sommes qui leur seraient consacrées à des projets de mobilité pour tous est une réponse forte et cohérente. » disaient en substance les signataires de l’appel.

Quand on voit ce qu’une fraction des montants accordés pour la route permettrait de faire comme merveilles s’ils étaient alloués aux transports en commun ou à la mobilité douce, on peut difficilement leur donner tort...

Pour en savoir plus

Selon les chiffres du SPF Mobilité [7], il y a en Wallonie 80.826 km de routes pour 3.460.000 habitants, ce qui fait un peu plus de 23 mètres de route par habitant. En Flandre, un réseau routier de 71.165 km a été déployé pour 6.200.000 habitants, ce qui équivaut à 11,5 m/hab. Une comparaison au niveau européen [8] (de l’ordre de 7,5 m/hab.) renforce ce constat : notre région possède un des réseaux routiers les plus denses.


[3Statbel

[4Montant estimé. En une semaine de contacts variés, ni l’Administration, ni la Sofico, ni le cabinet du ministre en charge n’ont été en mesure de nous fournir une réponse à la question du budget prévu.

[5Tableau de Bord de l’Environnement wallon 2010

[7Longueur du réseau routier belge, SPF Mobilité et Transport, 13/03/10.

[8UE sans le Portugal, la Grèce, la Belgique et Malte. Voir : Réseaux régionaux de transport ferroviaire et routier, Eurostat, 13/03/08.



 
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