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La fête : de la rupture éphémère au changement durable
Céline Tellier  •  27 septembre 2011  •  Aménagement du territoire  •  Espace public

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Cocktails colorés, transats dépliés, sable dispersé, l’été est là qui bat son plein. A grands renforts de cocotiers et de palmiers, la ville s’est mise à l’heure estivale, déployant sur des milliers de mètres carrés les grains que fouleront de nombreux visiteurs. Demain, le béton reprendra ses droits, la ville retrouvera son rythme effréné, les klaxons remplaceront les percussions cubaines. Le temps de la fête sera terminé. Il faudra revenir l’an prochain...

La fête ne date pas d’hier. On considère ainsi que les foires remontent à l’Antiquité. Organisées à échéance régulière, elles constituent des événements rassembleurs et sont l’occasion de nombreuses réjouissances. A leur vocation commerciale s’adosse souvent l’organisation de fêtes religieuses ou profanes (jeux gymniques de la Grèce Antique). Par la suite, l’Europe médiévale et la Renaissance verront ces manifestations persister. Après les expositions universelles des XIXe et XXe siècles (la première est organisée à Londres en 1851), aux enjeux politiques et symboliques forts, le territoire urbain sera mis à contribution d’une manière nouvelle à partir des années 1980. S’il est le dépositaire d’un savoir-faire national lors des expositions universelles, il devient peu à peu un territoire autonome, qui organise ses propres manifestations, sans intermédiaire et dans une logique de concurrence internationale et, surtout, interurbaine. La ville se fait de plus en plus « immatérielle », se met en scène, se médiatise, travaille son image. La ville se fait « événementielle ».

Cette évolution dans les acteurs des manifestations urbaines ne doit pas nous faire oublier l’essence même du temps de la fête. Les plages qui s’installent en ville, comme les carnavals ou les fêtes villageoises constituent des moments uniques où le quotidien est comme suspendu dans un espace-temps circonscrit et spécifique. A la manière des rituels saisonniers – comme les fêtes de solstice pratiquées autrefois – ils constituent une parenthèse – maîtrisée et régulière – dans le temps « normal » de la communauté. S’ils fendent la routine, ils le font pourtant de façon volontaire, organisée et bien délimitée. Les participants sont conscients du caractère temporaire et éphémère de la situation. Dans le cas des « rituels d’inversion » pratiquées dans certaines sociétés très stratifiées, on assiste même à un renversement des hiérarchies sociales où le dominant prend, le temps de la fête, la place du dominé. Il l’accepte car il sait que, le lendemain, il retrouvera son rang et ses privilèges. En attendant, la fête aura joué son rôle de soupape de sécurité, en permettant aux tensions communautaires de s’évacuer pacifiquement, tout en rappelant l’existence des hiérarchies sociales. Le temps de la fête, ou celui de « l’événement urbain festif  [1] , est donc bien un temps de rupture, mais de rupture éphémère dans l’ordre urbain établi. Ce temps spécifique crée en outre de nouvelles relations sociales, des interactions inédites, bien souvent teintées de convivialité et d’un fort potentiel identitaire.

Mais il arrive que certains événements constituent des ruptures durables dans l’ordre urbain. En contestant de façon forte le modèle dominant, ils remettent en question le paradigme en cours, bouleversent les grilles de lecture de la réalité spatiale et instituent un avant et un après de l’événement en question. Ces événements sont parfois imprévus et non désirés par les personnes qui en subissent les conséquences. C’est le cas, par exemple, des attentats du 11 septembre 2001 ou, plus récemment, de la catastrophe nucléaire de Fukushima. D’autres, plus positifs et non dramatiques, sont organisés dans un objectif constructif de transformation durable des mentalités. Parfois, ils peuvent prendre la forme de dispositifs de mise à l’essai de nouvelles réalités. C’est sans doute vrai pour des initiatives comme les journées sans voiture ou le Parking Day qui permettent de rêver à d’autres futurs pour les espaces urbains et villageois et ouvrent le champ des possibles. Ces initiatives s’engagent dans la voie d’un basculement vers de nouvelles façons de penser l’espace, sa convivialité et sa circulation. Ainsi, ils peuvent être l’occasion d’expérimenter, de façon éphémère, des transformations profondes qui pourront se réaliser par la suite. Instaurer une journée sans voiture peut être une première étape vers la mise en place d’un espace partagé, véritable révolution dans les modes d’aménagement des espaces publics. L’événement aura ainsi porté en lui les germes d’une transformation plus radicale des manières de faire la ville. Et la fête pourra continuer à battre son plein... tous les jours !


[1Défini comme « une action urbaine éphémère mais cyclique liée au domaine des loisirs, liée fortement au pouvoir public municipal figurant en tant qu’organisateur unique ou partenaire. Une action urbaine dont l’enjeu principal est la rupture flamboyante avec le quotidien, fondée sur la mise en scène d’une expérience sociale et sensorielle sur l’espace public, dans une ambiance festive maîtrisée accessible à tous » (Miranda) »



 
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