La Fédération
 
Opinions
 
Actualité
 
Actions !
 
Campagnes
Mobilité
 
Aménagement du territoire
 
Energie, climat
 
Economie
 
Agriculture, nature
 
Pollution, environnement, santé
Formations & Appui
 
Newsletters
 
Le ministre Henry : définir une nouvelle vision de l’aménagement du territoire wallon ?
Raphaël Magin  •  8 janvier 2010  •  Aménagement du territoire

-
Lors d’une conférence donnée à Ottignies dans le cadre d’un « Midi de l’Urbanisme » , en septembre 2009, monsieur Michel Dachelet, représentant le Cabinet de monsieur le Ministre de l’Aménagement du Territoire Philippe Henry, a précisé la vision du ministre pour la prochaine législature. Plutôt que de prendre des mesures contraignantes qui ne recevraient pas l’adhésion de la majorité, il convient de favoriser en Région wallonne l’émergence d’une nouvelle culture urbanistique. Et pour y arriver, notamment, passer d’un urbanisme de loi à un urbanisme de projet. Eclaircissements.

Cet article est paru dans La lettre des CCATM n°54 dont l’intégralité est à votre disposition sur notre site.

Les dernières évolutions

Qui pratique un tant soit peu l’aménagement du territoire en Région wallonne aura remarqué que, ces dernières années, l’effort régional en la matière s’est essentiellement tourné vers des objectifs de simplification administrative, traduits concrètement par un allègement des procédures, mais aussi en donnant plus de pouvoirs décisionnels aux autorités communales (au détriment des fonctionnaires délégués), ou en dotant les acteurs de terrain (privés ou publics) d’outils favorisant une mise en ½uvre aisée de nombreux hectares du territoire (pensons par exemple aux plans communaux qui peuvent désormais réviser les plans de secteur, ou au rapport urbanistique et environnemental, document d’orientation permettant, sur base des recommandations contenues, de décider de la mise en ½uvre d’une ZACC ou de l’élaboration d’un plan communal révisionnel, etc.).

Un véritable urbanisme législatif qui avait pour but de favoriser la mise en ½uvre, l’urbanisation et l’exploitation du territoire wallon, sans toutefois que l’on puisse parler d’une véritable vision de l’aménagement du territoire.
C’est pourquoi le Ministre Henry souhaite développer une nouvelle culture de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme. Si cela peut prendre du temps, cela passera nécessairement par la définition d’une vision claire, à long terme, de la manière et de la philosophie générale avec lesquelles doit s’aménager le territoire.

Un peu à l’instar de ce qu’avaient en leurs temps proposé les outils concernant les sites d’activités économiques désaffectés, les outils de rénovation/revitalisation urbaine, qui reconnaissaient les villes comme des lieux de vie et visaient à y ramener l’habitat, ou encore les plans de secteur.

Si ceux-ci sont aujourd’hui obsolètes, à tout le moins qualitativement parlant, ils n’en reflétaient pas moins la vision à long terme de l’époque, une vision fonctionnaliste où chaque zone du territoire était censée remplir une fonction propre, anticipant les besoins à long terme annoncés et posant comme postulat une croissance, démographique et économique, élevée. C’est ainsi que, notamment, les zones de réserves foncières prévues pour l’habitat (zones rouges, zones d’extension d’habitat,…) se sont vues surdimensionnées. Il ne s’agissait en effet pas de gérer la rareté mais d’aménager l’abondance.
Mais ce projet de société a vécu et il convient, plus que jamais, de l’actualiser.

Vers un urbanisme de projet

Car en effet, depuis l’adoption du Protocole de Kyoto, en 1999, aucune intégration des problématiques climatiques ou d’émissions des gaz à effets de serre n’a été opérée. Alors que les plans de secteur légitiment eux, toujours, une urbanisation des campagnes sans discernement, favorisant par ailleurs toujours plus les déplacements motorisés, et que le Schéma de Développement de l’Espace Régional (SDER) voit ses recommandations interprétées de manière trop fluctuante, parfois à l’opposé des objectifs poursuivis.

C’est la raison pour laquelle le Ministre en charge a commandé diverses études à la Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT), organe interuniversitaire, de manière à pouvoir procéder à l’actualisation du SDER et d’y greffer notamment les problématiques actuelles.
Et de la sorte, promouvoir une nouvelle vision de l’aménagement du territoire, un urbanisme de « projet de société », qui intègrent les problématiques climatiques, d’émissions de gaz à effets de serre, de pic du pétrole, de densification des villes, de vieillissement de la population, de préservation des paysages, etc.

En fonction des résultats de ces études (attendus au plus tôt fin 2010), il sera permis de retravailler les outils existants et de prévoir, par exemple, la définition des zones du territoire à urbaniser prioritairement, de développer des outils supra-locaux mêlant harmonieusement le développement des zones urbaines avec leur hinterland, permettant de respecter la dualité villes/campagnes sans stigmatiser leur opposition,…
Tout cela ne pourra cependant raisonnablement se mettre en place avant 2-3 ans.

Politique transitoire et rôle citoyen

Il faudra donc nécessairement, d’ici là, une politique transitoire efficace. Et c’est là, a-t-on envie d’écrire, que le bât blesse. En effet, si la déclaration de politique régionale est très claire, notamment quant à la nécessité de « reconstruire la ville sur la ville », de recentrer et densifier l’habitat dans les noyaux existants, de très nombreuses communes bénéficient quant à elles du régime de décentralisation.

Et par là donc, d’un pouvoir décisionnel relativement accru contre lequel les autorités régionales demeurent désarmées. Et si l’on prend conscience du climat concurrentiel dans lesquelles elles sont placées, l’on se doute que les communes n’ont certainement pas, dans leur plus grande majorité, envie de limiter l’urbanisation rémunératrice de leurs territoires au profit d’une cohérence d’ensemble qui ne rapporte que bien peu d’électeurs supplémentaires et de centimes additionnels. Et que, sans actualisation des outils réglementaires, cette situation aberrante risque bien de perdurer.

L’appel est donc lancé aux membres des commissions consultatives communales, ainsi qu’aux citoyens, afin que cette nouvelle vision de l’aménagement du territoire, d’un urbanisme cohérent, que les associations environnementales défendent depuis de nombreuses années, soit relayée au sein du plus grand nombre.
En espérant que, d’ici à l’actualisation des outils d’aménagement du territoire, nous ayons pu sauver ses meubles, arbres, pâtures, champs, prés, forêts, rivières ou lisières, de la gabegie provoquée par l’appétit toujours plus grand des lotisseurs, promoteurs ou autres aménageurs économiques du territoire.




 
Voir aussi
Dans la même rubrique
Soutiens