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Liège : les annexes du Palais à nouveau sur la sellette
Janine Kievits  •  28 janvier 2007  •  Urbanisme

2007 sera l’année des séries, les magazines télé nous l’annoncent. L’urbanisme wallon trouvera la sienne dans la saga des annexes du Palais de Justice de Liège : peu après que le Conseil d’Etat ait annulé le permis suite au huitième recours dans cette affaire, le Ministre Antoine a délivré un nouveau permis (le cinquième pour les bâtiments concernés). Tant le recours que le permis suscite de nombreuses réflexions.


Bref rappel. La place Saint Lambert, restée longtemps en chantier suite à la démolition des îlots existants, a fait l’objet d’un projet de réaménagement prévoyant la construction, en bordure nord de la place, de bâtiments destinés à accueillir les « annexes » du Palais de Justice, qui a son siège dans la Palais des Princes-Evêques. Annexes entre guillemets, car les huit bâtiments totalisent 40 000m2 plancher, et certains sont d’un gabarit impressionnant : ainsi le bâtiment F, qui longe la petite rue Fond Saint Servais, présente, sur ses 97m de long, de 13 à 20 m sous corniche. Ces bâtiments ont fait l’objet d’un permis d’urbanisme délivré par le Ministre Foret le 11 mai 2004 ; ils sont aujourd’hui en construction, les recours en annulation n’étant pas suspensifs comme on sait. C’est ce permis qui a été annulé le 9 novembre dernier.
Depuis les débuts de ce projet, il y a de cela une quinzaine d’années, les argument des opposants sont constants : écrasement de la colline de Pierreuse et du Palais voisin, monofonctionnalité du projet avec effet de coupure dans le tissu urbain, ‘confiscation’ du Palais des Princes Evêques par une fonction qui a pour effet d’en écarter le public alors qu’il s’agit du monument le plus significatif de la ville… une opposition que la Région, dans l’un de ses mémoires, a qualifié de ‘rage historique’.
C’est là bien évidemment la raison d’être des nombreux recours. Le dernier, qui fut accueilli comme on l’a vu, se fondait sur six moyens. Celui retenu par le Conseil d’Etat porte sur la nécessité d’une dérogation que le Ministre avait négligé d’accorder : l’un des bâtiment (le bâtiment F) ne respecte pas le règlement communal de bâtisse, qui fixe la hauteur autorisée sur base de la largeur de la voirie. On passera sur les nombreux débats qui ont eu lieu autour de la largeur à considérer pour la rue concernée ; ils sont tranchés désormais, il est acquis que la dérogation était nécessaire, et le Ministre Antoine vient l’a accordée dans le permis délivré le 29 novembre 2006.
Affaire close, donc ? C’est à voir. Le rapport au Conseil d’Etat remis en mars 2006 par l’auditeur Neuray mérite en effet qu’on s’y attarde, tout autant que l’arrêt. Il en ressort en notamment qu’un autre bâtiment déroge lui aussi au même règlement sur la bâtisse, ce que le Ministre Antoine semble avoir négligé. Mais surtout, l’auditeur est revenu avec force sur un autre moyen, que le Conseil d’Etat n’avait pourtant pas suivi dans un premier jugement. Dans ce premier moyen l’auditeur considère, suivant en cela les riverains, que le projet n’est pas conforme à la destination de la zone d’habitat (ce qui revient à dire que le projet viole l’article 26 du CWATUP) car il est difficile de nier que les constructions litigieuses augmenteraient la fonction administrative dans des proportions inconciliables avec l’affectation principale. En outre, l’effet d’écrasement est incontestable. Et l’auditeur Neuray juge sévèrement les motivations fournies à cet égard par le permis : l’acte attaqué se présente comme un plaidoyer pro domo où le projet est présenté sous un jour exagérément favorable. (…) On y trouve des affirmations défiant le sens commun, suivant lesquelles les constructions projetées « se rapprocheraient des architectures traditionnelles du centre ancien », que la passerelle améliorerait les perspectives sur le Palais des Princes-Evêques, ou encore, qu’il est préférable d’écarter la solution d’un seul bâtiment totalisant les gabarits des huit immeubles projetés, ce dont chacun conviendra.(…) En revanche, les inconvénients du projet, pourtant déjà jugés considérables par un arrêt antérieur, sont systématiquement minimisés ou ignorés par l’auteur de l’étude.
Ce moyen, nous l’avons dit, avait été rejeté en suspension par le Conseil d’Etat. Si un nouveau recours était déposé, le Conseil suivrait-il cette fois l’auditeur ? C’est peu probable, mais pas totalement exclu… En tous cas, l’auditeur y trouverait dans le nouveau permis matière à quelques réflexions dans la ligne de celles figurant ci-dessus. Que l’un des fondements du projet soit de maintenir des fonctions présentes depuis l’époque de Notger n’est en effet pas très convainquant : depuis l’an mil, la Justice a en effet bien changé… et en fait de plaidoyer pro domo, le présent permis n’a rien à envier au précédent. Le ‘considérant’ selon lequel le projet ne met pas en cause la destination de la zone d’habitat tient toujours de la pétition de principe, s’agissant de construire une telle masse administrative entre la colline de Pierreuse et le centre ville. L’argument selon lequel la scission du bâti en plusieurs volumes assure une certaine perméabilité et une certaine souplesse, à l’image des fronts bâtis des quartiers anciens sent le déjà-vu (et le déjà balayé). Quant au fait que l’intégration des équipements et services dans l’habitat (…) favorise le sentiment d’appartenance à une entité ou un quartier, on ne le niera pas, s’agissant d’un principe général, mais dans ce cas-ci on doute un peu, quand même, de l’appropriation de l’infrastructure par les habitants…
La série « Palais, annexes et opposants » n’en est donc pas, sans doute, à son dernier épisode !




 
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