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Menaces aux nitrates sur l’or bleu wallon !
Lionel Delvaux  •  14 octobre 2006  •  Elevage / élevage intensif

Depuis la révision de l’arrêté liste définissant les classes d’élevages en supprimant tout lien avec la production d’azote [1], les projets d’élevage de porcs et volaille éclosent de tous cotés. Certaines communes ont ainsi vu passer, depuis l’adoption de cet arrêté, jusqu’à trois projets différents ! D’autres ont plutôt suggéré au demandeur de postposer l’introduction de son dossier après les élections communales, quand cela n’a pas été envisagé par l’agriculteur lui-même… Nos campagnes vont donc voir fleurir, les mois qui viennent moultes affiches jaunes.

De son côté, le gouvernement wallon se penche sur...
Cette révision fait suite à la condamnation de la Région wallonne par la Cour Européenne de Justice pour insuffisance de transposition de la directive Nitrate... condamnation tombée quelques mois avant l’assouplissement des classes des élevages mentionnées ci-dessus !
Suite à cette condamnation, une longue négociation avec les services de la Commission européenne a permis d’aboutir à un nouveau programme de gestion durable de l’azote (PGDA) adopté récemment en première lecture au gouvernement wallon et à la redéfinition géographique des zones vulnérables.
Cette révision, qui intervient avant même que l’évaluation de la mise en oeuvre du PGDA actuel n’ait été réalisée, laisse quelques surprises de taille ! La révision des normes applicables dans la nouvelle zone vulnérable, certes étendue à tout le nord du sillon Sambre et Meuse, aboutit à une modification à la hausse des normes d’épandage des effluents d’élevage ! Elles passent en effet de 80 à 115 kg d’azote/ha en terre de culture et de 210 à 230 kg d’azote/ha en prairie avec cependant un maximum de 170 kg d’azote par ha sur toute la SAU (surface agricole utile) de l’exploitation [2] En conséquence, c’est la capacité d’épandage sur cette zone qui augmente de plus de 20 % ! Un véritable paradoxe qui devrait être corrigé par la révision des dates d’épandage des fertilisants organiques d’une part et par l’obligation de couvrir au moins 75 % des sols par une interculture avant une culture de printemps. Mais néanmoins paradoxe de taille : d’une part plus de 50 % des [3] utilisant des niveaux de fertilisant comparables et suivi par la structure d’encadrement Nitrawal ont des reliquats azotés trop importants, et d’autres part, les normes de production d’azote par le bétail viennent d’être revue globalement à la baisse avec le nouveau PGDA ! Comment la situation pourrait-elle s’améliorer dans de telles conditions ?

D’autres points cruciaux ne sont pas réglés
• Le calcul du taux de liaison au sol des exploitations ne tient pas compte des superficies qui ne sont pas disponibles pour l’épandage (bordure de cours d’eau, parcelles en pentes fortes, parcelles humides et/ou sols superficiels, …) conduisant ainsi à un dépassement des normes d’épandage sur les parcelles restantes de l’exploitation.
• La protection des eaux de surfaces pour lesquelles l’interdiction de fertiliser porte actuellement sur une distance de 4 mètres depuis la berge et qui passerait à 6 mètres alors que la mesure actuelle n’a eu aucun effet sur l’environnement. En France, la protection des eaux de surface porte tant sur l’interdiction de fertiliser que sur l’obligation de maintenir un couvert herbacé, seul capable de limiter l’eutrophisation des rivières en captant l’azote et limitant le ruissellement …
• L’absence de normes plus restrictives sur les parcelles en pente afin d’éviter le ruissellement des effluents vers les eaux de surfaces.
Trois manquements qui risquent de reporter à plus tard le bon état écologique des cours d’eau.

Que penser d’une région classée parmi les plus intensives d’Europe tant par sa production d’effluents organiques que par l’utilisation d’engrais minéraux qui veut accueillir les élevages intensifs rejetés par nos voisins de Flandre ou des Pays-Bas alors qu’elle n’a pas encore démontré sa capacité de gérer le problème de la pollution par les nitrates de ses eaux ? Et pour quel bénéfice ? La plupart des projets d’élevage sont intégrés dans des filières implantées au Nord du pays ! Le tout, sans aucune stratégie quant à la répartition de ces élevages ! Ainsi, de nouveaux élevages hors sol peuvent encore s’implanter sans soucis à Comines, où les seuils de potabilité sont dépassés de longues dates et où la production d’azote organique dépasse les 300 kg par ha…

La révision du PGDA etait l’occasion d’enfin s’atteler à la réalisation des objectifs de la directive. Mais, à ce stade, il convient de constater que les objectifs ont été oublié et qu’il s’est plutôt agit de conformer la région wallonne au cadre européen fusse au détriment de la qualité l’eau et de la biodiversité sur fond d’un développement anarchique des élevages en Wallonie.

Lien sur le nouveau PGDA


[1Suite à la suppression du critère « azote » dans l’arrêté liste pour l’établissement des seuils, rien ne permet plus de cumuler les différentes activités d’élevage d’une même exploitation (bovins, volaille, …), ce qui a pour conséquence de ne plus prendre en compte le cumul des différentes activités et donc de conduire à un saucissonnage des permis et de faire passer les projets d’élevage intensif en classe 2...

[2Comme la zone vulnérable est principalement consacrée aux cultures, moins de 10 % des exploitations sont effectivement concernée par cette contrainte pour laquelle la Région a introduit une demande de dérogation auprès de la commission.

[3agriculteurs En 2005, 43% des agriculteurs inscrits en Démarche Qualité ont une cote « gestion globale de l’azote » positive (ils sont donc satisfaisants) contre 57 % avec une cote négative (non satisfaisants). Le pourcentage de cotes positives sur la campagne APL 2004 était de 36%.



 
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