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Namur : le plateau d’Erpent, laboratoire de participation
Janine Kievits  •  24 avril 2008

A Namur, la Ville s’est lancée dans une expérience participative en vue de définir des lignes directrices pour aménager le plateau d’Erpent, qui offre encore d’importantes perspectives de développement. Regards sur un processus qui est loin d’être achevé, mais a déjà rempli une partie de sa fonction par les débats et réflexions qu’il suscite !

Capitale régionale, la ville de Namur a connu ces dernières décennies une évolution urbanistique importante. Cabinets ministériels implantés dans la Corbeille [1], administrations installées à Jambes pour la plupart, ont drainé dans leur sillage de nouveaux habitants, et cet attrait spectaculaire n’est pas fini.

Quel sera le développement futur de la ville ? Plus que tout autre, le plateau d’Erpent, situé au sud de la Ville, entre la nationale 4 et la ligne de chemin de fer de Luxembourg, présente des perspectives à la fois larges et intéressantes. D’une superficie d’environ 1900 hectares, abritant 8440 personnes, il offre de nombreuses disponibilités puisque la zone d’habitat n’est pas encore entièrement construite, d’une part, et que d’autre part plusieurs zones d’aménagement communal concerté attendent toujours leur mise en oeuvre ; au total, 150 ha pourraient encore être bâtis. Et ce lieu attire les habitants potentiels : alternant les espaces construits, les bois et les cultures, avec un bâti fait de lotissements mais aussi de villages (Erpent, Andoy, Naninne, Wierde), il compose un cadre de vie riant, et plutôt pratique puisqu’une grande école est implantée en son milieu, et que la ville n’est pas loin. Les promoteurs se bousculent donc au portillon, on s’en doute.


On peut toujours, bien évidemment, laisser venir les projets des promoteurs et gérer les dossiers au coup par coup. Faut-il dire à quel point une telle gestion est pénalisante tant pour les promoteurs, qui montent des projets entiers sans avoir la garantie qu’ils seront acceptés, que pour les riverains qui se demandent avec inquiétude de quoi sera fait leur voisinage demain ?

La Ville de Namur a donc décidé de procéder autrement. Toujours dépourvue officiellement de schéma de structure - celui qu’elle avait fait réaliser naguère est resté dans les cartons, faute de volonté d’aboutir de la part de l’ancienne majorité - , elle a décidé la réalisation d’un schéma directeur, document sans portée formelle mais à caractère public, et formant déclaration d’intention vis-à-vis des habitants, des promoteurs et de tous les citoyens en général. Et, surtout, elle a souhaité entourer la création de ce document d’une forme active et originale de participation citoyenne.

La Ville a, tout d’abord, réuni des experts ; des spécialistes de l’aménagement et de l’urbanisme (ICEDD [2] et bureau d’urbanisme VIA) ont été invités à proposer des scénarios possibles de développement, tandis que des professionnels de la médiation (asbl Espace-Environnement [3]) ont conçu le schéma participatif et animé les réunions.

La participation s’est développée en plusieurs phases et avec plusieurs groupes de personnes.

Une première réunion, ouverte à tous, a réuni environ 400 personnes à la mi-novembre ; elle visait à présenter les objectifs généraux du schéma ainsi que l’agenda des réunions de participation. Un premier questionnaire a été remis aux participants, sur base duquel a été composé le panel d’habitants. Aspect original de la démarche, un autre panel, de candidats habitants, a été constitué sur base d’un appel à participation dans la presse.

Le 21 novembre, une réunion « par groupes » a réuni les associations et les candidats-habitants ; elle a permis notamment de faire le tour des attentes des seconds, et de déceler des raisons de leur intérêt pour le plateau d’Erpent. Qualité de vie, mais aussi attaches locales (famille, études faites au Collège) ont été évoquées en fait de motifs d’intérêt pour le site. L’écologie était aussi bien présente dans les préoccupations : maisons passives, respect de la nature... Point important, les futurs habitants sont demandeurs d’une vie sociale de quartier, et dans la foulée, certains verraient avec bonheur la mise en place d’équipements communautaires tels que jardins partagés, chauffage collectif, etc.

Le 26 novembre, c’était au tour des promoteurs et « grands » propriétaires (plus de 4ha) de se réunir. L’accent est mis sur l’importance de construire désormais avec une certaine densité, que ce soit en accolant les maisons ou par la construction d’appartements. L’objectif de cette option est d’épargner le sol et surtout d’assurer la viabilité de services de proximité (petits commerces, arrêts de bus...). Le schéma directeur peut clarifier cette idée et en permettre l’acceptation par les promoteurs et par les habitants, ce qui n’est pas toujours évident car, si la densité est indispensable d’un point de vue de « développement durable », elle n’est pas toujours perçue comme compatible avec les quartiers plus aérés qui ont été construits depuis le début des années ’70.

Enfin, le 8 janvier, un panel d’habitants actuels assistait, conjointement avec les représentants associatifs, à la présentation de trois scénarios établis par les urbanistes, et destinés à servir de base aux échanges entre les personnes présentes.

En « doigt de gant » le long de la voirie existante, en lobes englobant les villages d’Andoy ou Erpent, ou encore en « couronne », sorte d’éventail s’ouvrant depuis la chaussée de Marche jusqu’au Collège, tous ces scénarios sont fondés sur une triple volonté : assurer la mobilité par les transports en commun, épargner l’espace ouvert et en particulier les terres agricoles, et enfin garantir un accès aisé, à pied, aux principaux équipements et services. Logiquement donc, ils proposent de l’habitat dense (classe A : environ 45 logements/ha ; classe B, environ 25 logements/ha ; la classe C va, quant à elle, de 0 à 12 logements/ha). Cette volonté claire de densifier a généré des réactions variées chez les habitants actuels qui proviennent le plus souvent des lotissements aérés évoqués plus haut. Si certains sont convaincus de la nécessité de construire autrement, d’autres craignent l’impact, sur un quartier qu’ils apprécient pour ses qualités actuelles, de constructions plus élevées ou d’une autre forme d’habitat, perçue comme étant de moindre standing, ou susceptible de troubler la quiétude actuelle notamment par le trafic induit.

Nous en sommes là dans le processus. Les trois scénarios vont maintenant être évalués, l’ensemble des remarques formulées au sein des différents groupes étant bien évidemment intégrées à cette réflexion. L’adoption provisoire, par le Conseil communal, du schéma finalement retenu est prévue pour mai 2008, l’adoption définitive pour le mois suivant, au cours duquel se déroulera une exposition ouverte au public.

Voilà pour le côté officiel. De façon plus informelle, des blogs [4] traitent du sujet sur la toile, et les commentaires vont bon train. Frustration bien compréhensible de n’être pas retenu dans le panel, débat sur l’opportunité d’une prise en main par le politique (bien sûr les gens ont parfaitement le droit d’aller construire leur maison à Pétaouchnok mais le rôle des pouvoirs publics devrait être de les décourager), critiques du modèle quatre-façades (la volonté de profiter chez soi d’un maximum d’espace privé (...) entraîne indirectement une moindre qualité des espaces publics), bref les Namurois empoignent le sujet ! Cela en tous cas a de quoi réjouir : que les citoyens se saisissent de questions aussi essentielles pour leur cadre de vie, qu’ils aillent frotter leurs convictions à celles des autres, quitte à s’empoigner un peu au début... voilà qui nous apporte, dans la vie communale, de la vie, du dynamisme et de la cohésion sociale. Vive donc l’expérience participative !


[1La Corbeille est l’espace ovale délimité par le chemin de fer au Nord, par la Meuse et la Sambre au sud : c’est en gros l’hyper-centre de Namur.

[2Institut de conseil et d’études en développement durable (jadis dénommé Institut wallon) ; site web : http://www.icedd.be.

[3Site web de l’association www.espace-environnement.be.

[4Voir par exemple le blog du Quotidien de Namur : http://namurdirect.wordpress.com/2007/11/14/erpent-la-fin-des-villas/.