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Quel avenir pour les carrières ?
Janine Kievits  •  9 juillet 2008  •  Plans, schémas et règlements

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Le 17 avril dernier, Andenne accueillait la réunion de consultation préalable du projet de carrière de Male Plume, près de Thon-Samson. Accueillir est un grand mot en l’occurrence : sous le chapiteau de 1000 places assises prévu par l’exploitant, l’ambiance était à la tempête. Cris et battements de pieds sur le plancher ont maintes fois couvert la voix des représentants de l’exploitant et du bureau d’études. Des insultes ont volé, parfois très bas (sur le plan moral, car pour ce qui est de la puissance vocale, c’était plutôt haut…). Trois bourgmestres assistaient à la réunion – Jacques Etienne pour Namur, José Paulet pour Gesves, Claude Eerdekens pour Andenne. Ce dernier, qui présidait logiquement en sa ville, était responsable donc de l’ordre et de la tranquillité, et c’est peu dire qu’il ne s’est pas démené pour les assurer, remerciant même les assistants pour leur calme (!), au motif qu’en de telles circonstances on eût pu voir pire (!!) et redisant son opposition au projet, comme les autres maïeurs d’ailleurs. Voilà qui va asseoir, chez les investisseurs étranger, la réputation de paradis de l’investissement que l’OFI et les intercommunales de développement tentent d’asseoir par ailleurs ; les cris et injures entendues à Andenne vaudront sans doute leur pesant de mains serrées sur la Croisette… mais passons.

Derrière le dossier d’Andenne se profile une question d’ordre plus général, qui devrait peut-être trouver sous peu une réponse. Le demandeur à titre principal de ce projet est le groupe néerlandais Van Nieuwpoort, grosse entreprise spécialisée dans le béton et l’extraction des granulats. Si les riverains sont décidés comme on l’a vu, lui ne l’est pas moins. Il a d’ailleurs organisé la réunion avec un professionnalisme remarquable, présentant, dans le cadre du bureau d’études, une brochette d’experts de premier niveau. C’est que la situation juridique est à son avantage : le site est situé en zone d’extraction au plan de secteur. Certes une telle situation ne vaut pas permis d’exploiter, tant s’en faut, mais elle exclut néanmoins que le projet soit rejeté sur le seul argument qu’il serait inopportun d’exploiter une carrière à cet endroit. Or c’est bien là ce que soutiennent les riverains. En outre et surtout, ce n’est pas par hasard que nos voisins d’outre-Moerdijck s’intéressent à nos gisements : l’exploitation des gravières, aux Pays-Bas, comme en Flandres, est en déclin suite à des mesures d’ordre environnemental [1]. La Wallonie va-t-elle à l’avenir servir de réserve de pierre aux régions voisines ? Jusqu’où est-il opportun d’exploiter, avec la charge environnementale – et donc les moins-values – que cela entraîne, des carrières qui fournissent un matériau très demandé il est vrai (la Belgique en consomme 60 millions de tonnes par an) mais de faible valeur ?

Voilà bien la question centrale de ce dossier, mais quand l’exploitant est là, sa demande à la main, et qu’il a le plan de secteur avec lui, il est un peu tard pour se la poser…

Mieux vaut tard que jamais, toutefois. Le Ministre Antoine vient d’avoir l’excellente initiative de faire réaliser un plan stratégique du sous-sol wallon. Ceux de nos lecteurs qui suivent avec attention cette matière se souviendront que le service du professeur E. Poty, de l’ULG, a déjà réalisé, il y a plusieurs années de cela, un inventaire des carrières en activité et des gisements d’intérêt. L’actualisation de ce travail est aujourd’hui décidée, et les études vont commencer sous peu. Mais cette fois la démarche ne s’arrête pas là. Sur cette base, le Ministre a en effet l’ambition de faire réaliser un véritable plan stratégique, outil concret d’aide à la décision, visant à assurer, dans le domaine de l’activité extractive, une gestion durable du territoire. Il s’agit tout à la fois d’identifier les gisements d’intérêt, de les protéger de l’urbanisation tout en évitant la spéculation, de garantir la compatibilité de l’exploitation de la pierre et de l’eau, et de supprimer du plan de secteur les zones d’extraction qu’il ne semble plus pertinent d’exploiter – ces zones pourront servir de compensations lors d’autres révisions de plan de secteur. Les spécificités du territoire, région par région, l’offre existante et la demande, l’accessibilité des gisements, sont autant de paramètres qui seront pris en compte dans la démarche. Ce plan stratégique du sous-sol wallon ira jusqu’à dire dans quelles zones géographiques certaines exploitations seraient autorisées prioritairement.
La Commission régionale d’avis pour l’exploitation des carrières (CRAEC) vient d’être chargée par le Ministre d’élaborer un cahier des charges, et un appel d’offres sera ouvert ; l’adjudicataire rendra compte à un comité de suivi où seront représentés les Cabinets et administrations concernés, mais aussi à la Commission, qui travaillera à cette fin en partenariat avec le CWEDD et la CRAT.

La Région fait ainsi un premier pas vers la définition du cadre politique qui, en matière de carrières, lui manque depuis tant d’années, et que notre fédération a à plusieurs reprises appelé de ses v½ux. Ce cadre donnera, aux décisions sur les projets, une légitimité que les octrois ou refus de permis au coup par coup n’ont évidemment jamais. Une telle démarche est de nature à sécuriser tout le monde : les investisseurs, qui connaîtront ainsi, bien en amont de leurs projets, les intentions de l’autorité quant aux lieux et formes d’exploitation possibles ; et les riverains, qui sauront aussi à quoi s’attendre, et pourquoi, le cas échéant, leurs élus ont estimé telle exploitation nécessaire. Davantage d’équité, une meilleure transparence, et une participation assurée au travers des commissions d’avis : il ne nous reste qu’à espérer que la qualité du produit final soit à la hauteur de ce premier pas !


[1Nous reviendrons, dans une prochaine nIEWs, sur les mesures concernant l’exploitation des gravières en Flandres et aux Pays-Bas



 
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